3. « Push start » (1970-1980) 1-4
En mai 1972, la société américaine Magnavox entre, sans le savoir, dans l’histoire des jeux vidéo grâce au lancement de l’ « Odyssey Home Entertainment System » à travers tous les Etats-Unis. La première console de jeu vidéo dont le nom est inspiré du film de Stanley Kubrick « 2001 l’odyssée de l’espace » ressemble déjà aux machines actuelles : elle est composée d’une unité centrale dans laquelle on insère des cartouches de jeu, de deux manettes et d’un pistolet (vendu séparément) avec lequel on pouvait tirer sur des cibles à l’écran.
Néanmoins, ses capacités techniques étaient limitées : l’Odyssey ne pouvait afficher que deux carrés représentant les deux joueurs (les deux manettes), une balle et une ligne divisant l’écran en deux. Elle n’émettait aucun son et le score des joueurs n’était pas affiché. La plupart des douze jeux disponibles nécessitaient par ailleurs l’emploi de feuilles de plastique colorées transparentes, de cartes ou encore de dés.
Sa durée de vie ne dépassa malheureusement pas les deux ans et elle fut vendue à près de 150.000 exemplaires. Mais ce « score » aurait largement pu être dépassé si les revendeurs de Magnavox ne s’étaient pas privés d’une clientèle potentielle; premièrement en prétendant que l’Odyssey n’était compatible qu’avec des téléviseurs Magnavox ; deuxièmement, en limitant la distribution de cette console de jeu via son propre réseau de vente.
3.2. Atari : la naissance d’une légende
Spacewar et ses jeux « dérivés » s’étaient répandus dans la plupart des campus américains. L’université de l’Utah en faisait partie. Nous sommes en 1965 ; de nombreux étudiants ingénieurs passent des nuits entières à y jouer. Comme des milliers d’autres étudiants à travers les Etats-Unis, Nolan Bushnell n’avait jamais pensé aux possibilités commerciales de ce nouveau produit.
Mais un de ses jobs de vacances changea la donne. Pour un été, il avait été engagé comme responsable des ventes des jeux d’arcade au « Lagoon Amusement Park » à Salt Lake City. Le résultat allait marquer l’histoire des jeux vidéo : Bushnell eut tout de suite l’idée que des gens pourraient payer pour jouer
à des jeux comme Spacewar. Mais il ne put concrétiser son projet à cause du coût et de la taille des ordinateurs de l’époque. Pourtant, en 1969, l’idée qu’il semblait avoir oubliée lui revint. Il se met alors à concevoir Computer Space, une version « arcade » de Spacewar. Celle-ci est moins chère à produire que le jeu original et tourne sur un moniteur « bas de gamme ». Il réussit à persuader la compagnie Nutting & Associates de produire et de diffuser son jeu. La borne d’arcade Computer Space sort finalement en 1971 et 1500 exemplaires sont assemblés mais, à cause d’une prise en main du jeu difficile, elle ne connut pas de succès. Le programme rapporta quand même de l’argent à son auteur. Mais le plus important, selon Bushnell, fut qu’elle introduit l’idée d’une « démographie vidéoludique ». Il explique à ce propos que :
« Computer Space a fait un carton sur les campus, dans les collèges et dans les endroits où le niveau d’éducation était élevé. Cependant, il n’y avait pas de salles d’arcade spécifiques à l’époque. On était obligé de les placer dans les salles de bowling ou dans les bars. C’était ça le marché à l’époque, si vous ne réussissiez pas à vous imposer au bar du coin, vous n’aviez aucune chance de réussir. Et Computer Space n’eut aucun succès dans les bars américains ».
Après ce « quasi » échec commercial, Bushnell réalisa que pour séduire le public, il devrait concevoir un jeu simple, ne nécessitant pas d’explications. Une fois encore, Nutting & Associates le soutient dans son projet. Mais, avant de commencer à concevoir son nouveau jeu, Bushnell demanda à son entreprise un plus gros pourcentage sur les bénéfices qu’engendrerait sa borne d’arcade. Ayant essuyé un refus, Bushnell et Ted Dabney (un collègue qui travaillait lui aussi chez Nutting & Associates) décident de créer leur propre entreprise.
Ils investissent tout deux les 250 dollars de royalties qu’ils avaient gagnés avec Computer Space pour fonder Syzygy. Mais le nom est déjà pris par une entreprise de bougies. En 1972, Bushnell reprend donc un terme du jeu de Go (dont il est un fervent amateur) : Atari. Ayant tiré les leçons de l’échec de Computer Space, Bushnell décide de créer un jeu de course automobile.
Pour cela, il engage Al Alcorn, un jeune ingénieur fraîchement diplômé de l’université de Berkeley en Californie. Mais comme Al Alcorn est inexpérimenté, Buschnell décide de le faire travailler en premier lieu sur un jeu de ping-pong (moins difficile à programmer qu’un jeu de course automobile). Al Alcorn suivit
Après avoir proposé sans succès son jeu à Bally (le premier constructeur américain de flippers), Bushnell décida de supprimer les intermédiaires en installant directement un de ses prototypes au « Andy Capps », un bar californien. Quelques jours après sa mise en place, le propriétaire des lieux téléphona à Bushnell car Pong ne fonctionnait plus. Après un examen minutieux de la borne d’arcade, Bushnell identifia le problème : la boîte de lait en carton qui faisait office de collecteur de pièces était remplie ! Ce succès phénoménal encouragea Bushnell à produire par la suite lui-même Pong, malgré les nombreuses difficultés tant financières que juridiques. Ainsi Magnavox considérait que Pong n’était qu’une copie de Tennis for Two, un jeu sorti six mois plus tôt sur sa console, l’Odyssey. La société intenta et remporta son procès contre Atari.
Pong connut en 1973 un énorme succès et fut produit à 10.000 exemplaires. Mais il allait rapidement subir la « rançon de la gloire ». A la fin de la même année, n’ayant pas reçu le brevet et le Trademark assez tôt, Atari ne put attaquer en justice les 25 compagnies qui produisirent 90.000 exemplaires de leur propre version de ce jeu de tennis. Atari n’occupa finalement que 10 % d’un marché qu’il avait créé et qu’il aurait dû - logiquement - dominer.


2 Comments:
Merci pour votre blog, c'est toujours passionnant de se plonger dans la riche histoire du jeu video.
Superbe !!!
vivement la suite de l'histoire jusqu'a nos jour... ;-)
Enregistrer un commentaire
<< Home